La Dépêche du Midi
Ils ont remis le prix P.A.P.O.N. à une Toulousaine
La (fausse) cérémonie du prix P.A.P.O.N. hier soir, près du Musée de la Résistance/.photo DDM. Léa Donnat
Grimé en représentant de l'autorité publique, cachant son regard malicieux derrière de petites lunettes cerclées, le metteur en scène toulousain Michel Mathieu,
entouré d'autres comédiens du Théâtre de l'Acte, présidait hier soir la remise du prix P.A.P.O.N. (Prix Attribué pour Obéissance Notoire
) décerné aux meilleurs exécutants des quotas d'expulsions d'étrangers sans papiers. Toulouse a eu sa lauréate. Une fonctionnaire de la préfecture, responsable du
bureau de l'asile et du contentieux des étrangers, a été couronnée « meilleure servante de l'État, notamment pour l'expulsion des Gabonais de la Haute-Garonne et plus particulièrement des
étudiants ». Une prestation saluée par les sifflets et les huées de la foule.
La cérémonie a eu lieu à 18 h 30 sur l'esplanade du monument de la Résistance, à deux pas de la demeure qui abrita la Gestapo pendant les heures noires de
l'Occupation. Près de deux cents personnes assistaient à cette parodie, censée récompenser les méthodes et les bilans des préfets et fonctionnaires de l'État les plus actifs en matière de
reconduites à la frontière. Discours aux accents officiels, ouverture des enveloppes contenant les noms des gagnants, remises de trophées - un globe en fil de fer barbelé entourant une barque
en bois - et de diplômes… l'imitation était parfaite. Trois hauts fonctionnaires, l'ancien préfet de Mayotte, le préfet du Pas-de-Calais, et le préfet de Gironde ont été oscarisés, ce dernier
recevant « le Prix de l'innovation » pour avoir organisé le retour expéditif d'un citoyen d'origine indienne interpellé alors qu'il achetait un billet de train en gare de Bordeaux pour rentrer
en Italie, son pays de résidence…
En clôture, le poète Serge Pey a lu un texte émouvant sur l'humiliation, tandis qu'un faux sans-papiers emprisonnait les officiels sur leur tribune avec du fil de
fer barbelé. Visant à tourner en dérision une réalité dramatique ce prix P.A.P.O.N. est une initiative 100 % toulousaine.
« Le texte sera en ligne sur aael-toulouse.eklablog.com », annonce Françoise Bouyer, présidente de l'AAEL (association pour l'art et l'expression libre). « Nous
aimerions qu'il soit repris et joué dans d'autres villes par d'autres comédiens.»
TV BRUIT, reportage 36'
Toulouse7.com
Remise du Prix P.A.P.O.N le préfet Comet décide de ne pas porter plainte
Ecrit par Christophe Cavailles A la Une sept 9,
2011
Les
récipiendaires du prix P.A.P.O.N ont été nommés cette semaine à Toulouse par les représentants de « l’Association pour l’art et l’expression libres (AAEL) », soutenue par les
association de défense des migrants comme Cimade ou le Réseau Education sans frontières 31. Le « prix attribué pour obéissance notoire » est remis au représentant du ministère de
l’intérieur « ayant « procédé au plus grand nombre d’expulsions de sans papiers ». Pour cette association, il s’agit du Préfet du Pas de Calais et celui de Mayotte. Le prix
P.A.P.O.N évoque Maurice Papon, haut-fonctionnaire français, condamné en 1998 pour complicité de crimes contre l’humanité pour des actes commis alors qu’il était secrétaire général de la
préfecture de Gironde entre 1942 et 1944, sous l’occupation allemande.
A la suite de la remise des prix P.A.P.O.N à Toulouse, Henri-Michel Comet, préfet de la Haute-Garonne n’a pas décidé de porter plainte mais il a indiqué via
communiqué « s’indigner des propos tenus » qui selon lui « portent atteinte tant aux personnes qui travaillent à la préfecture qu’à la mémoire des victimes de la
déportation ».
Le préfet rappelle « que la France est une terre d’accueil pour les étrangers qui respectent les règles de la République ». Et de citer les statistiques
officielles du ministère de l’intérieur : en 2010, 100.000 personnes ont été accueillies par le service de l’immigration et de l’intégration de la préfecture (en augmentation de 11% par rapport à
2009) de la Haute-Garonne. 40.000 titres de séjour ont été délivrés dont 19.000 pour une première demande. Sur 1.875 mesures de refus d’un titre de séjour, 700 ont abouti à une décision
d’éloignement. La moitié des personnes concernées ont quitté la France volontairement. 1.400 de ces décisions défavorables ont été soumises à l’appréciation du juge (en augmentation de 16,5%
rapport à 2009) ; 80% des décisions du préfet ont été confirmées. Par ailleurs, 1.200 personnes ont été naturalisées en Haute-Garonne en 2010.
« Les fonctionnaires de la préfecture assument leur tâche avec humanité et dans le respect de la dignité des personnes. La mission du préfet et de ses
collaborateurs est d’appliquer les lois démocratiquement votées par le Parlement, ainsi que la politique du Gouvernement » a rappelé le Préfet de Midi Pyrénées.
Photo Toulouse7.com : affiche collée dans les rues de Toulouse pour dénoncer la politique migratoire du gouvernement et l’enfermement en centres de rétention
Toulouse infos
P.A.P.O.N : un prix de la honte décerné aux préfets
Le Centre de retension de Cornebarrieu a vocation à recevoir les étrangers qui n'ont pas le droit de séjourner sur le territoire français. Photo / CTDR
Le prix PAPON (prix attribué pour obéissance notoire) sera remis ce soir, à Toulouse aux préfets de la République les plus zélés de France en matière d'expulsion.
Une idée de l'Association pour les arts et l'expression libre (AAEL).
La remise du prix PAPON est une première en France, « c'est une nouvelle façon de protester contre la politique d'expulsion menée par le gouvernement »
explique Françoise Bouyer, membre de l'AAEL. Il sera attribué aux trois préfets qui ont réalisé le plus d'expulsions selon les chiffres de 2010. En reprenant le nom de Papon, préfet durant la
seconde guerre mondiale, la symbolique est forte. L'objectif est de marquer les esprits, « de faire réagir les hommes politiques et la population, car on ne peut pas tolérer une situation
qui nous rappelle ce qui s'est passé il y a 60 ans ».
L'évènement est soutenu par de nombreuses associations toulousaines, comme la Ligue des droits de l'homme, la Cimade ou encore le réseau éducation sans frontières
31. Des associations engagées aux côtés des sans papiers dans la lutte contre les expulsions. Et l'actualité de ces derniers mois leur a donné du grain à moudre.
Un des cas les plus marquants est sans doute l'affaire du couple tchétchène emprisonné en mai dernier, avec leur bébé de 7 mois. Ils ont été placés au centre de
rétention de Cornebarrieu, alors que la demande d'asile des parents était en cous d'instruction.
L'affaire Kéziban a également suscité l'émoi des associations et de l'opinion, ces derniers mois. La lycéenne d'origine turque s'est faite arrêter en février
dernier, alors que ses parents vivent en France en toute régularité. En août, le juge des libertés et de la détention (JLD), a levé la mesure de rétention. Mais la préfecture de la Haute Garonne
a fait appel, et le juge est revenu sur sa décision.
Malgré les nombreux cas d'expulsions dans le département, il y a peu de chance qu'Henri Michel Comet soit l'heureux bénéficiaire d'un prix PAPON. En effet, il a
pris ses fonctions en Haute-Garonne qu'en avril dernier. Cela fait peu de temps pour battre des records...
AFP
Expulsions: deux préfets récompensés par un prix ironique
Le 08/09/2011 à 19:58
Le "Prix P.A.P.O.N" (prix attribué pour obéissance notoire), décerné au
préfet ayant "procédé au plus grand nombre d'expulsions de sans papiers", a été accordé à ceux de Mayotte et du Pas-de-Calais, ont annoncé jeudi à Toulouse
des associations de défense des droits des l'homme.
L'Association pour l'art et l'expression libres (AAEL), avec le soutien d'un collectif réunissant entre autres la Cimade ou le Réseau Education sans frontières 31, est à l'origine de ce prix évoquant la personne de Maurice Papon, ex-secrétaire général de la préfecture de Gironde
sous l'Occupation, condamné pour complicité de crimes contre l'humanité en 1998.
Notant que "le gouvernement a, ces dernières années, engagé une chasse sans merci contre des hommes, femmes et enfants", l'AAEL veut ainsi "rendre
l'hommage qu'ils méritent" aux "fonctionnaires de la République (qui), n'écoutant que les ordres de la voix de leur maître, contribuent, par leur servilité et leur zèle, à cette politique
inqualifiable".
Hubert Derache, préfet de Mayotte jusqu'en juillet 2011, a été couronné pour "avoir augmenté d'un tiers les
expulsions pendant son mandat".
Pierre de Bousquet, préfet du Pas-de-Calais, département où se pressent de nombreux sans papiers
candidats à l'immigration en Grande-Bretagne, est récompensé pour avoir "mis en oeuvre des tactiques combinées qui devraient faire école : l'exercice de
la violence directe, le harcèlement journalier, la destruction des moyens de survie".
Un prix de l'innovation a également été décerné à Patrick Stéfanini, préfet de Gironde, un de ces
"fonctionnaires hardis qui savent être à l'avant-garde afin de compenser l'inertie des autres et réaliser les objectis annuels de 30.000 reconduites à la
frontière".
Quelque 200 personnes, selon les organisateurs, une centaine, selon la police, ont participé à la cérémonie devant le monument à la gloire de la
résistance de Toulouse.
Le préfet Comet n’aime pas les Prix P.A.P.O.N
A la suite de la remise jeudi à Toulouse des prix P.A.P.O.N -comme Prix Attribué Pour Obéissance Notoire-, le préfet de la Haute-Garonne Henri Comet se fend d'une
réponse au jury qui met en cause la politique préfectorale en matière d'immigration.
Saluant les performances des fonctionnaires ayant fait preuve en 2010 du plus grand zèle à expulser, le collectif toulousain des Droits de l'Homme et de soutien
aux Sans-papiers a entre autres récompensé la responsable à la préfecture de Haute-Garonne du bureau de l'asile et du contentieux des étrangers.
Dans son communiqué, le préfet Comet explique d'abord que «la France est une terre d’accueil pour les étrangers qui respectent les règles de la
République».
Cette année 2010, détaille-t-il ensuite, «100.000 personnes ont été accueillies par le service de l’immigration et de l’intégration de la préfecture (en
augmentation de 11% par rapport à 2009) de la Haute-Garonne.
40.000 titres de séjour ont été délivrés dont 19.000 pour une première demande.
Sur 1.875 mesures de refus d’un titre de séjour, 700 ont abouti à une décision d’éloignement. La moitié des personnes concernées ont quitté la France
volontairement.
1.400 de ces décisions défavorables ont été soumises à l’appréciation du juge (en augmentation de 16,5% rapport à 2009) ; 80% des décisions du préfet ont
été confirmées.
Par ailleurs, 1.200 personnes ont été naturalisées en Haute-Garonne en 2010».
Henri Comet indique enfin que sa mission et celle de ses collaborateurs est «d’appliquer les lois démocratiquement votées par le Parlement ainsi que la
politique du Gouvernement».
C'est pile ce tout dernier point, justement, que le collectif lui reproche.
Pour sa part, le ministère de l'Intérieur juge que ces Prix P.A.P.O.N constituent une «assimilation grossière et injurieuse» et qu'il «soutiendra les
actions pénales qui seront engagées par les préfets et les agents de l'Etat concernés».
GLv.